Jâavoue que le parallĂšle est un peu acrobatique, mais pour moi on retrouve le mĂȘme fond dans toutes les « industries culturelles » du 20iĂšme siĂšcle, oĂč on a tendance Ă oublier que le produit vendu 1) Ă©tait nĂ© des circonstances dâune Ă©poque et 2) nâĂ©tait jamais une fin en soi, mais une piĂšce dâun puzzle culturel (et dâun revenu financier) plus large
Les anime des annĂ©es 80 sont magnifiques pour la simple raison que ça a coĂŻncidĂ© avec le boom Ă©conomique du japon, et lâapparition des vhs (et autres media physiques). RĂ©sultat câĂ©tait « Ă la mode » (rĂ©ellement, pas comme aujourdâhui), et ça a entrainĂ© une forte concurrence avec des budgets de plus en plus importants pour rĂ©pondre Ă un public exigeant.
Ces budgets provenaient dâinvestisseurs qui nâen avaient rien Ă foutre des anime (jâimagine que le parallĂšle le plus parlant serait edena de moebius), câĂ©tait Ă la fois du prestige de mettre des billes dans un truc « Ă la mode » sans rĂ©el espoir dâavoir un retour sur investissement financier, Ă la fois pour crĂ©er un argumentaire pour vendre des lecteurs de vhs ou des pub tv, et Ă la fois pour dĂ©velopper des marchĂ©s autour du marchĂ©, avec la vente de jouets par exemple.
A partir du moment oĂč lâeffet de mode est passĂ©, que ton public se contracte, que plus gĂ©nĂ©ralement ta population sâappauvrit, que les mĂ©dias physiques et les chaines tv sont en train de crever, forcĂ©ment ya plus moyen de faire du Akira ou Angel Egg en se disant « peut-ĂȘtre que ça va marcher ».
Paradoxalement ils ont jamais fait autant de thunes que maintenant, mais câest tout simplement parce quâils ont su ajuster le mĂ©dia en lui-mĂȘme pour que ça devienne un vrai objet commercial qui rĂ©pond Ă la logique du marchĂ© actuel, Ă des logiques de production « classiques », et Ă un grand public, diffĂ©rent, peut-ĂȘtre moins exigeant on pourrait dire, mais bon diffĂ©rent quoi. Et ça permet quand mĂȘme dâavoir des productions de qualitĂ© par moment (mĂȘme si pour moi câest pas la question)
La BD me semble subir les mĂȘme travers : ça a accompagnĂ© lâenrichissement du pays, son dĂ©veloppement industriel (dâailleurs ils parlent tous du prix du papier actuellement et câest rĂ©el, la plupart des imprimeries sont en train de crever et le papier est hors de prix) et culturel, ça accompagnait un certain mode de vie et un certain peuple. Tintin et Asterix ont rythmĂ© la vie dâune gĂ©nĂ©ration, presque comme Cloclo ou Fernandel, je me souviens encore quand la sortie dâun album ça pouvait ĂȘtre abordĂ© au JT de TF1. Tous les auteurs (jâexagĂšre) Ă©taient des artistes multi-facettes, cinĂ©ma, publicitĂ©, illustrations, presse.
Aujourdâhui les modes de vie ont changĂ©, les moyens de consommation Ă©galement, les envies du public aussi, les auteurs historiques sont tous claquĂ©s ou sĂ©niles, tu peux pas juste vendre le mĂȘme objet qui date de ya 50 ans mais complĂštement vidĂ© de sa sĂšve Ă un peuple complĂštement diffĂ©rent. Et mĂȘme dans le sens inverse, je nâimagine pas ma mĂšre, Ă©levĂ©e Ă HergĂ©, Gotlib et Goscinny, se farcir le combat ordinaire de Larcenet par exemple (ça fait toujours plaisir de mettre un taquet Ă cette daube).
RĂ©sultat faut pas trop sâĂ©tonner que ces objets anachroniques se vendent « pas » (juste moins, en rĂ©alitĂ©) ou que les artistes soient payĂ©s au lance pierres : le public nâexiste plus et ils nâont jamais rĂ©ussi Ă rĂ©inventer leur modĂšle, et sâĂ©tendre Ă de nouveaux moyens de faire rentrer de lâargent (aprĂšs en France câest compliquĂ© vu que tout le pays est finito)
Jâai vu encore passer ça ce we :
Be ouais les cocos, dĂ©so que vous soyez pas payĂ©s plus dâun smic mĂȘme si votre BD gogo-fĂ©ministe ou lâhistoire de napolĂ©on mon cul sur la commode que tâoffre Ă ton oncle Ă noel font des scores « dĂ©cents », mais en fait maintenant faut comprendre que comme Ă lâĂ©poque oĂč Claire BrĂ©tĂ©cher brassait sa moula en faisant de lâillustration de pub, aujourdâhui faudrait surtout essayer dâinvestir le nouveau puzzle culturel de notre Ă©poque.
Malheureusement je pense quâen France câest plus compliquĂ© quâau Japon parce quâau delĂ du fait que le pays soit rincĂ©, il y a un fort mĂ©pris/indiffĂ©rence pour la BD (qui pour moi est aujourdâhui diffĂ©rent que le mĂ©pris de « mĂ©dia pour gamin » qui pouvait exister autre fois), mĂ©pris quâils mĂ©ritent bien parce quâils ont longtemps jouĂ© (encore aujourdâhui dâailleurs) aux grands seigneurs intouchables dont la qualitĂ© des productions Ă©taient incomprises et ouin ouin les manga câest du caca et blablabla. Vous remarquerez que ce travers traverse toute la culture française (notamment le cinĂ©ma) et quâils nâarrivent jamais Ă se remettre en question.
JâespĂšre que câest clair mais jâen suis pas trĂšs sur.