💬 Le topic BD de Gamerama - aka la rubrique nĂ©cro de Beauce

Je me souviens que tu avais posté sur le sujet de la qualité des animes mais pas sûr de comprendre ton parallÚle; je veux bien que tu redétailles le raisonnement si tu en as le temps.

Il est vrai que le dĂ©veloppement de la bd dans l’aprĂšs-guerre jusqu’au annĂ©es 70 s’inscrivait dans un phĂ©nomĂšne de culture de masse; c’était l’époque des hebdos pour jeunes qui brassaient un large public (Tintin-Spirou-Pilote et quelques autres). Aujourd’hui, mĂȘme si Spirou survit, les hebdos bd sont plus pointus et s’adressent Ă  une certaine frange du public (Fluide Glacial, DBD, etc)
Par contre, de mĂȘme que pour les Ă©crivains, il faut reconnaĂźtre que le mĂ©tier nourrit difficilement son homme Ă  moins de faire partie des super stars du milieu. Et de ce point de vue lĂ , il y a une vĂ©ritable concurrence avec d’autres activitĂ©s.
Il m’arrive de temps en temps de faire une recherche sur tel ou tel auteur disparu des radars et de m’apercevoir qu’ils ont optĂ© pour des mĂ©tiers oĂč ils auraient moins Ă  tirer le diable par la queue: l’illustration comme MaĂŻorana (Garulfo) ou la pub comme Olis (Garage Isidore) ou Griffon (Apocalypse sur Carson City).
On se rend compte d’ailleurs qu’il s’agit lĂ  d’auteurs confirmĂ©s mais qui n’ont pas non plus atteint un rang de star du milieu. Et c’est peut-ĂȘtre un des noeuds du problĂšme en fait: on se retrouve juste avec des petits jeunes dĂ©butants corvĂ©ables Ă  merci et des stars plus ou moins en pilotage automatique. Mais entre les deux, pour ceux qui n’estiment plus ĂȘtre des bleus mais pas assez gros pour faire pencher la balance en leur faveur auprĂšs de l’éditeur, ben ça « vote avec ses pieds » et ça va voir si l’herbe est pas plus verte ailleurs.

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Petite illustration de mes gĂ©rĂ©miades de bĂ©dĂ©aste rĂ©actionnaire. Voici ce qu’on trouve au rayon bd de la Fnac la DĂ©fense:

SĂ©ries blockbusters qui jouent les prolongations aka Weekend at Bernie’s:

Spinoffs de séries à succÚs (vous reprendrez bien un peu de XIII):

Ami lecteur, sauras-tu retrouver la série principale Thorgal?

Mdr, mĂȘme Blacksad en est lĂ 

BD d’actu engagĂ©e. Imaginez la tronche des "dĂ©bats"qu’on pourrait avoir avec les auteurs Ă  AngoulĂȘme, ça ressemblerait Ă  un plateau de C ce soir:

Pardon, je voulais dire avec les auteur.ices;

BD historiques sans Ăąme (j’imagine que c’est l’équivalent de la section prĂ©cĂ©dente mais pour les droitos):

J’espùre que vous aimez bien la seconde guerre mondiale:

« Romans graphiques Â»:


Regardons du cĂŽtĂ© de la bd d’action/aventure. « Il faut flinguer Ramirez Â», ça sonne comme « Rapportez-moi la tĂȘte d’Alfredo Garcia Â», ça mĂ©rite ptet le coup d’oeil:

Ah mais en fait c’est un livre jeu? Faut remettre les cases dans l’ordre?

Wow, regardez-moi cette couv! Si les planches sont du mĂȘme tonneau


Ah, oubliez ce que j’ai dit:

Et quelques catĂ©gories que j’avais oubliĂ©es comme les BD sur les sportifs, hĂ©ros de notre temps:

Les mangas traduits en BD (mais pourquoi??):

Ou le coin super-boomer avec ersatz des bd des annĂ©es 50-60 sur les bagnoles ou l’aviation:

Jo, Zette et Jocko, Lefranc
 EN QUELLE ANNEE SOMMES-NOUS??

« Rien qu’une bonne taxe ne saurait rĂšgler Â». Ben oui mdr:

Bref
 Quelle tristesse. Je suis triste.

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si tu es en manque de lecture je peux t’envoyer ma BD

celle de yoplaboom plutĂŽt

Sad react only :sadaffleck:

:jonluccry:

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J’avoue que le parallĂšle est un peu acrobatique, mais pour moi on retrouve le mĂȘme fond dans toutes les « industries culturelles Â» du 20iĂšme siĂšcle, oĂč on a tendance Ă  oublier que le produit vendu 1) Ă©tait nĂ© des circonstances d’une Ă©poque et 2) n’était jamais une fin en soi, mais une piĂšce d’un puzzle culturel (et d’un revenu financier) plus large

Les anime des annĂ©es 80 sont magnifiques pour la simple raison que ça a coĂŻncidĂ© avec le boom Ă©conomique du japon, et l’apparition des vhs (et autres media physiques). RĂ©sultat c’était « Ă  la mode Â» (rĂ©ellement, pas comme aujourd’hui), et ça a entrainĂ© une forte concurrence avec des budgets de plus en plus importants pour rĂ©pondre Ă  un public exigeant.

Ces budgets provenaient d’investisseurs qui n’en avaient rien Ă  foutre des anime (j’imagine que le parallĂšle le plus parlant serait edena de moebius), c’était Ă  la fois du prestige de mettre des billes dans un truc « Ă  la mode Â» sans rĂ©el espoir d’avoir un retour sur investissement financier, Ă  la fois pour crĂ©er un argumentaire pour vendre des lecteurs de vhs ou des pub tv, et Ă  la fois pour dĂ©velopper des marchĂ©s autour du marchĂ©, avec la vente de jouets par exemple.

A partir du moment oĂč l’effet de mode est passĂ©, que ton public se contracte, que plus gĂ©nĂ©ralement ta population s’appauvrit, que les mĂ©dias physiques et les chaines tv sont en train de crever, forcĂ©ment ya plus moyen de faire du Akira ou Angel Egg en se disant « peut-ĂȘtre que ça va marcher Â».

Paradoxalement ils ont jamais fait autant de thunes que maintenant, mais c’est tout simplement parce qu’ils ont su ajuster le mĂ©dia en lui-mĂȘme pour que ça devienne un vrai objet commercial qui rĂ©pond Ă  la logique du marchĂ© actuel, Ă  des logiques de production « classiques Â», et Ă  un grand public, diffĂ©rent, peut-ĂȘtre moins exigeant on pourrait dire, mais bon diffĂ©rent quoi. Et ça permet quand mĂȘme d’avoir des productions de qualitĂ© par moment (mĂȘme si pour moi c’est pas la question)

La BD me semble subir les mĂȘme travers : ça a accompagnĂ© l’enrichissement du pays, son dĂ©veloppement industriel (d’ailleurs ils parlent tous du prix du papier actuellement et c’est rĂ©el, la plupart des imprimeries sont en train de crever et le papier est hors de prix) et culturel, ça accompagnait un certain mode de vie et un certain peuple. Tintin et Asterix ont rythmĂ© la vie d’une gĂ©nĂ©ration, presque comme Cloclo ou Fernandel, je me souviens encore quand la sortie d’un album ça pouvait ĂȘtre abordĂ© au JT de TF1. Tous les auteurs (j’exagĂšre) Ă©taient des artistes multi-facettes, cinĂ©ma, publicitĂ©, illustrations, presse.

Aujourd’hui les modes de vie ont changĂ©, les moyens de consommation Ă©galement, les envies du public aussi, les auteurs historiques sont tous claquĂ©s ou sĂ©niles, tu peux pas juste vendre le mĂȘme objet qui date de ya 50 ans mais complĂštement vidĂ© de sa sĂšve Ă  un peuple complĂštement diffĂ©rent. Et mĂȘme dans le sens inverse, je n’imagine pas ma mĂšre, Ă©levĂ©e Ă  HergĂ©, Gotlib et Goscinny, se farcir le combat ordinaire de Larcenet par exemple (ça fait toujours plaisir de mettre un taquet Ă  cette daube).

RĂ©sultat faut pas trop s’étonner que ces objets anachroniques se vendent « pas Â» (juste moins, en rĂ©alitĂ©) ou que les artistes soient payĂ©s au lance pierres : le public n’existe plus et ils n’ont jamais rĂ©ussi Ă  rĂ©inventer leur modĂšle, et s’étendre Ă  de nouveaux moyens de faire rentrer de l’argent (aprĂšs en France c’est compliquĂ© vu que tout le pays est finito)

J’ai vu encore passer ça ce we :


Be ouais les cocos, dĂ©so que vous soyez pas payĂ©s plus d’un smic mĂȘme si votre BD gogo-fĂ©ministe ou l’histoire de napolĂ©on mon cul sur la commode que t’offre Ă  ton oncle Ă  noel font des scores « dĂ©cents Â», mais en fait maintenant faut comprendre que comme Ă  l’époque oĂč Claire BrĂ©tĂ©cher brassait sa moula en faisant de l’illustration de pub, aujourd’hui faudrait surtout essayer d’investir le nouveau puzzle culturel de notre Ă©poque.

Malheureusement je pense qu’en France c’est plus compliquĂ© qu’au Japon parce qu’au delĂ  du fait que le pays soit rincĂ©, il y a un fort mĂ©pris/indiffĂ©rence pour la BD (qui pour moi est aujourd’hui diffĂ©rent que le mĂ©pris de « mĂ©dia pour gamin Â» qui pouvait exister autre fois), mĂ©pris qu’ils mĂ©ritent bien parce qu’ils ont longtemps jouĂ© (encore aujourd’hui d’ailleurs) aux grands seigneurs intouchables dont la qualitĂ© des productions Ă©taient incomprises et ouin ouin les manga c’est du caca et blablabla. Vous remarquerez que ce travers traverse toute la culture française (notamment le cinĂ©ma) et qu’ils n’arrivent jamais Ă  se remettre en question.

J’espùre que c’est clair mais j’en suis pas trùs sur.

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:mdr:

Oui, je crois comprendre mĂȘme s’il y a une limite Ă  la comparaison selon moi.
La production d’anime est beaucoup plus industrielle que celle de la bd, y compris dans sa partie « artistique Â» puisqu’il te faut beaucoup de mains pour faire l’animation elle mĂȘme, lĂ  oĂč un auteur bd peut voler en solo, Ă  la rigueur avec un assistant pour les dĂ©cors et qqn Ă  la colo (imaginez celĂ  dit le luxe des mecs dont les assistants s’appelaient Roba, Dany, Derib, Dupa ou Janry). Donc dans l’anim, la baisse de l’investissement se voit direct dans la qualitĂ© finale.
Pour la bd, je vois moins ça comme une excuse. Il y a 50-60 ans, l’album n’était pas un aussi bel objet qu’aujourd’hui.

On est loin des albums cartonnĂ©s et papier glacĂ© auquel on a droit aujourd’hui. Et pourtant c’est pas ça qui fait la qualitĂ© de la lecture.

On en avait dĂ©jĂ  discutĂ© mais je pense que la façon dont l’état de la sociĂ©tĂ© influence la bd se situe plus au niveau mental/culturel qu’économique et notamment Ă  travers l’argent investi dans le secteur. C’est sĂ»r qu’une sociĂ©tĂ© fracturĂ©e, qui doute, qui ne partage plus les mĂȘmes repĂšres culturels va produire des oeuvres clivantes ou pessimistes qui ne sont pas de nature Ă  fĂ©dĂ©rer un large public.
Ce serait intĂ©ressant d’avoir les chiffres du secteur, les tirages moyens des nouveautĂ©s, par sĂ©rie etc pour pouvoir faire une vĂ©ritable analyse du secteur mais les chiffres sont assez secrets, on a juste quelques donnĂ©es Ă©parses.

Ah et sinon, Luffy no Basket, ça pourrait avoir de la gueule :pepegood:

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Pour moi tu fais l’erreur d’expliquer les errances du milieu par la mauvaise qualitĂ© des productions alors que je pense que c’est l’inverse.

Pour finir sur la mĂ©taphore animĂ© que j’avais dĂ©jĂ  posĂ© avant :

  • un secteur en bonne santĂ©, ultra branchouille et concurrentiel cherchera des gens de plus en plus compĂ©tents et originaux pour se distinguer des autres prod, et permettra l’émergence de nouveaux talents
  • un secteur en perte de vitesse va se rattraper Ă  n’importe quelle branche pour essayer de survivre et surproduire Ă  outrance de la merde, ce qui ne permettra pas le dĂ©veloppement de nouveaux talents (qui, de toute façon, ne seront pas dans le giron des producteurs de merde, ou sera en dĂ©calage avec le public visĂ©)

L’investissement financier originel est secondaire dans l’équation, la rĂ©flexion porte sur toute la chaine : concept, production, promotion, distrib. Tout ça n’a pas Ă©voluĂ© depuis les beaux jours du milieu.

Tu pointes trĂšs bien que les albums ont gagnĂ© en qualitĂ© : ça suit ce que je vois dans les mags, moins le produit a d’intĂ©rĂȘt lĂ©gitime, plus on essaie d’en faire un objet « de luxe Â», que ce soit conscient ou inconscient d’ailleurs (mĂȘme si le gain de qualitĂ© ne date pas d’hier, je vois de plus en plus d’albums « premium Â»). Sauf que ça ne marche j-a-m-a-i-s et ça ne fait que creuser encore plus les pertes

Si on avait des Ă©diteurs malins, que tu me dis que la marge sur l’objet en lui-mĂȘme est intenable actuellement Ă  cause du prix du papier et de l’impression, la rĂ©ponse est simple : changer l’objet. Surtout si sur l’étagĂšre d’un cĂŽtĂ© il y a une autre version du mĂȘme objet qui, elle, fonctionne.

Je sais plus si j’avais dĂ©jĂ  abordĂ© que la version papier du Jump se casse aussi inexorablement la gueule : ils ont palliĂ© ça avec une version digitale, avec des prods diffĂ©rentes. Les rĂ©sultats sont pas incroyables, mais ça suit son chemin doucement. En France la solution est simplement de taxer ceux qui fonctionnent, comme d’hab.

Je vais voir si je peux avoir des chiffres de vente, ça m’étonnerait mais bon

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Le truc c’est que je n’arrive pas Ă  dĂ©finir ce que sont les « errances » du mĂ©dia, si c’est juste un ressenti personnel et que je suis tout simplement un vieux con, ou si effectivement il mĂšne un combat d’arriĂšre-garde avant Ă©croulement. C’est lĂ  oĂč effectivement des chiffres seraient interessants.

Sinon, je l’ai dĂ©jĂ  mentionnĂ© mais de mon cĂŽtĂ© je suis quasiment passĂ© au full digital avec izneo (parce que manque de place aussi, faut dire) et les achats en physique sont devenus trĂšs rares.

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Ah la vache, je crois que je viens de voir le post le plus déprimant de tout Gamerama. :sweat:

Sérieux ne refais plus jamais ça.

Ce soir, je rematais Tous les Matins du monde et ce serait tellement facile de faire la mĂȘme sur le cinĂ©ma en faisant le tour de Netflix/Amazon mais je laisse ce domaine Ă  Chocolat.

Parlant de chiffres, j’ai trouvĂ© ça:

https://www.actuabd.com/MARCHE-DE-LA-BD-Le-recul-de-9-du-marche-francophone-de-la-BD-en-2024-doit-nous

Mais compliquĂ© de lire les chiffres car comme pour toutes les industries de loisir, il y a une dĂ©formation de la tendance avec le covid et que les chiffres tiennent compte des ventes de mangas, alors que ce qui m’interesse c’est l’évolution Ă  long terme de la bd franco belge.

Si je prends Asterix (pas forcĂ©ment reprĂ©sentatif) la fiche wikipedia dit qu’Asterix chez les Bretons c’était un tirage de 400 000 Ă  la sortie (deux fois l’album prĂ©cĂ©dent). L’Iris Blanc l’annĂ©e derniĂšre, c’est 1 000 000 de ventes en 1 mois.

les asterix font toujours les mĂȘme chiffres (enfin officiellement) depuis les pictes

2 millions 1er tirage francophone, 1,5 ventes sur l’annĂ©e en france

en 2024 le marchĂ© c’est 68 millions d’albums vendus : 53% de manga, 25% de bd / comics, 22% de bd pour enfants

depuis les annĂ©es 2000 c’est 30 millions de bd, donc c’est assez stable en rĂ©alitĂ©

pas mal de vieux chiffres lĂ  dedans :


Passage intéressant sur les tintin :

Spoiler

La couleur est prĂ©cocement envisagĂ©e : dĂšs le mois de fĂ©vrier 1939, HergĂ© propose Ă  Casterman d’utiliser les films employĂ©s par CƓurs vaillants pour la publication de Tintin en Syldavie . Ceux-ci sont en bichromie (rouge et noir), ce qui semble intĂ©resser Casterman, dans la mesure oĂč la bichromie n’affecte que faiblement le prix de revient de l’album. En revanche, il se montre opposĂ© Ă  l’hypothĂšse d’albums tout en couleur, trop onĂ©reux Ă  moins de tirages considĂ©rables, dont on est alors encore loin. Mais au fil de la guerre, l’attitude de Casterman Ă©volue. À partir de l’automne 1941, les ventes de Tintin commencent Ă  grimper, effet indubitable de sa prĂ©sence dans un quotidien Ă  gros tirage : Pierre Assouline Ă©voque pour Le soir « volĂ© » des ventes quotidiennes de « 250 000 exemplaires en moyenne pendant toute la durĂ©e de l’Occupation18 ». Face Ă  l’envolĂ©e progressive des ventes d’albums Tintin , l’éditeur tournaisien en vient Ă  Ă©laborer une stratĂ©gie plus agressive pour vendre les albums, et la couleur joue, dans cette optique, un rĂŽle fondamental. Le 5 fĂ©vrier 1942, Louis Casterman reçoit HergĂ© Ă  Tournai et lui prĂ©sente son projet : engager Tintin sur la voie de la polychromie, pour conquĂ©rir le marchĂ© europĂ©en. Dans le contexte pesant de la guerre, Casterman parvient donc non seulement Ă  prĂ©server, mais Ă©galement Ă  moderniser son appareil de production. À ce stade, cette stratĂ©gie soulĂšve bien plus de questions qu’on ne peut y apporter de rĂ©ponses. Par exemple, la position de Louis Casterman comme bourgmestre de la ville occupĂ©e par les forces allemandes19 a-t-elle simplifiĂ© l’acquisition de machines d’imprimerie permettant de lancer cette offensive ? La parution en strips de « Tintin » dans Le soir sous contrĂŽle allemand a-t-elle favorisĂ© l’octroi de certaines facilitĂ©s pour les approvisionnements en papier du cĂŽtĂ© de Casterman ? Il n’est pas possible, Ă  ce stade de la recherche, d’apporter de rĂ©ponses tranchĂ©es.

Sur le plan de la fabrication, le passage Ă  la couleur implique cependant une contrainte forte : ramener chaque volume Ă  64 pages, afin de conserver un prix de revient compĂ©titif. Or, Casterman n’envisage pas seulement de publier la prochaine aventure du petit reporter en couleur, mais Ă©galement les titres dĂ©jĂ  inscrits au catalogue, afin de proposer une sĂ©rie complĂšte, seul moyen d’atteindre rapidement des chiffres de vente satisfaisants par rapport aux investissements Ă  consentir. Mais Tintin en AmĂ©rique compte 120 planches, Les cigares du pharaon 124, et ce n’est qu’à partir du Sceptre d’Ottokar qu’HergĂ© commence Ă  se rapprocher d’une pagination tournant autour d’une centaine de planches
 La refonte des histoires de Tintin implique donc un travail colossal de remise en forme (ramener la matiĂšre de 2 pages environ sur une seule), effort qu’HergĂ© ne peut mener seul. Les tĂąches sont en effet innombrables : refonte de la mise en pages, dessins supplĂ©mentaires, lettrage en français et en nĂ©erlandais, mise en couleur, couvertures, pages de garde, de titre
 Casterman propose donc Ă  HergĂ© de contribuer aux frais d’une assistance. HergĂ© engage alors Edgar Pierre Jacobs, qui se charge des dĂ©cors et lui permet d’accĂ©lĂ©rer la cadence de travail. Si l’« Ă©cole de Bruxelles » est chargĂ©e d’une quelconque rĂ©alitĂ©, c’est bien des contraintes de l’édition industrielle qu’elle naĂźt20.

La stabilisation de l’approvisionnement en papier dans l’aprĂšs-guerre permet de faire grimper les tirages et de partir Ă  l’assaut du voisin français avec une vigueur renouvelĂ©e. On en trouve un tĂ©moignage dans le tirage des titres : Casterman cherche certes Ă  valoriser les nouveautĂ©s mais, peut-ĂȘtre surtout, l’ensemble de la sĂ©rie – Ă  l’exclusion de Tintin au pays des Soviets, exclu du programme de refonte en couleur. Dans un premier temps, les tirages ne semblent pas varier beaucoup par rapport Ă  la guerre ; en revanche, leur frĂ©quence est bien plus rapprochĂ©e. Ainsi, de fĂ©vrier 1946 Ă  juillet 1948, trois tirages successifs du Lotus bleu sont rĂ©alisĂ©s, pour un total de 82 379 exemplaires22. De septembre 1946 Ă  aoĂ»t 1948, Le secret de la Licorne est tirĂ© Ă  85 279 exemplaires. Quant au Sceptre d’Ottokar, sorti en 1947, il fait l’objet d’une mise en place initiale de 39 500 exemplaires, suivie dĂšs l’annĂ©e suivante d’un retirage identique puis, en 1950, d’un retirage de 59 520 exemplaires. En 1949, Le temple du Soleil franchit un cap, avec un tirage initial de 80 013 exemplaires. En 1951, le retirage de Tintin au pays de l’or noir passe la barre des 120 000 exemplaires et, deux ans plus tard, l’édition originale d’Objectif Lune atteint ce seuil des 120 000 exemplaires pour la seule Ă©dition française.

Les albums Tintin atteignent alors un palier ; On a marchĂ© sur la Lune, deuxiĂšme volet de la trĂ©pidante expĂ©dition montĂ©e par Tournesol et ses acolytes sur la Lune, est tirĂ© Ă  moins de 100 000 exemplaires pour l’édition française. Sur la pĂ©riode suivante, Ă  partir de 1956, des lacunes commencent Ă  se manifester dans les archives des prix de fabrication, empĂȘchant de suivre aussi finement l’évolution des tirages et retirages. On ignore ainsi le montant des tirages initiaux de L’affaire Tournesol ou de Coke en stock, sortis en 1956 et 1958, ou encore de Tintin au Tibet, sorti en 1960. Cependant, au dĂ©but des annĂ©es 1960, il reste frappant de constater que le montant des tirages n’est guĂšre plus Ă©levĂ© que ce qu’il Ă©tait une dĂ©cennie plus tĂŽt : d’une moyenne de 25 000 exemplaires par retirage environ, on passe Ă  une moyenne de 30 000 exemplaires, avec quelques pointes cependant autour de 40 000 exemplaires23. La structure du marchĂ© semble d’ailleurs s’ĂȘtre rééquilibrĂ©e au profit de l’espace nĂ©erlandophone, puisque sur ces tirages de 30 000 exemplaires, un tiers est dĂ©volu au nĂ©erlandais.

Vivement que l’IA fasse le mĂ©nage.

OK, intéressant, je vais essayer de regarder ça.

AprĂšs pour avoir suivi Boulet ces derniĂšres annĂ©es on a l’impression de voir la personnification de reddit/bluesky

:really:

beauce en a marre de ces albums mal dessinés alors il a envoyé une dénonciation à pharos

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