La foi chrĂ©tienne ne parle pas seulement de lâintĂ©rieur de lâhomme.
Elle parle aussi de lâinvisible.
Dans les Ăvangiles, il y a cet Ă©pisode fondamental :
la femme atteinte de pertes de sang depuis douze ans.
Selon la Loi, elle est impure, exclue, invisible aux yeux des autres. Elle nâa plus le droit de toucher, ni mĂȘme dâĂȘtre touchĂ©e. Elle a tout essayĂ©, tout perdu.
Elle ne demande rien.
Elle ne crie pas.
Elle ne revendique pas.
Elle se dit simplement :
« Si je peux seulement toucher le bord de son vĂȘtement, je serai guĂ©rie. »
Elle touche le Christ et quelque chose se passe.
JĂ©sus sâarrĂȘte et dit cette phrase vertigineuse :
« Une force est sortie de moi. »
Ce nâest pas JĂ©sus qui dĂ©cide Ă lâavance.
Ce nâest pas un choix arbitraire.
Câest la foi de cette femme qui ouvre un passage entre lâinvisible et le visible.
Et Jésus le dit explicitement :
« Ta foi tâa sauvĂ©e. »
Pas : ma volontĂ© tâa sauvĂ©e.
Pas : Dieu a choisi.
Mais : ta foi.
Cela change tout.
La foi, dans lâĂvangile, nâest pas une superstition ni un privilĂšge.
Câest une capacitĂ© Ă entrer en relation avec lâinvisible, Ă sây rendre disponible.
Elle nâabolit pas le monde matĂ©riel, mais elle permet Ă la grĂące dây circuler.
Lâintervention divine, dans le christianisme, nâest pas une tĂ©lĂ©commande qui allume ou Ă©teint les vies humaines.
Câest une prĂ©sence, une force qui se donne lĂ oĂč elle est accueillie.
Dieu ne viole pas le libre arbitre.
Il ne sâimpose pas.
Il attend, parfois dans le silence.
Quand une foi est pure, humble, sans calcul, elle peut devenir un point de contact entre deux mondes :
le monde visible et lâinvisible.
Câest cela, le miracle.
Pas une injustice cosmique.
Pas une loterie morale.
Mais une rencontre.
Et cela nâimplique jamais que ceux qui meurent aient « manquĂ© de foi ».
Le Christ pleure Lazare.
Le Christ meurt lui-mĂȘme sur une croix.
La foi ne promet pas lâinvulnĂ©rabilitĂ©.
Elle promet la présence, parfois la guérison, parfois la paix, parfois, mystérieusement, la survie.
Croire, ce nâest pas expliquer la mort des autres.
Câest accepter que lâinvisible existe
et que, parfois, quand un ĂȘtre humain tend la main avec une foi totale,
quelque chose répond.
Pas toujours.
Pas comme on lâattend.
Mais réellement.
