Zero Parades, c’est l’histoire d’un studio brillant vidé de l’essentiel de sa matière grise après avoir succombé au Capital.
Mais qui, malgré toute la haine, les ragots, la médisance (justifiée ou non) des fans de ZA/UM, sort ce qui est au minimum un jeu qui devrait éveiller votre curiosité…
Contexte :
Le jeu décrit en quelques lignes :
Un jeu d’espionnage dans la lignée de Disco Elysium, dans un monde imaginaire mais moderne, post-colonial et post-guerre froide, sans bombes nucléaires.
On y joue CASCADE, une agente communiste venue prendre sa revanche sur le sort, au nom de son ancienne équipe, 5 ans après sa mise au placard à la suite d’une mission catastrophique.
Les principaux systèmes avec les compétences qui nous parlent, le cabinet de pensée, sont de retour avec quelques ajustements pour coller au cadre noir.
Fini l’enquête existentialiste, place à une aventure urbaine où il est principalement question de culture de masse, de copie et d’essence de l’âme. Un choix sûrement pas anodin…
Ce que j’en ai pensé.
Le moins bien.
Spoiler
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L’échec complet de la partie musicale, qui ne remplit même pas sa fonction d’être un peu évocatrice. On est à des lieux de la performance de Sea Power. Quel fiasco quand la musique, en tant que thème, est si présente.
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On sort du monde d’Elysium pour un nouvel univers original. Soit, mais sans index c’est casse-gueule car surtout au début, on a du mal à suivre qui est qui, quoi est quoi… Dommage, car cela peut impacter certains choix dans un jeu où connaître les affiliations de chacun est important.
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Même avec les voyages rapides, il est difficile d’éviter l’écueil des allers-retours. Heureusement, CASCADE est plus athlétique que Harry et on navigue rapidement dans la ville.
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On sent quand même le départ des auteurs originaux dans la qualité des dialogues des « compétences intérieures ». Dans DE, ces derniers avaient clairement des personnalités distinctes, élaboraient leur point de vue, étaient bavards. Dans Zero Parades, cette frontière est plus ténue, et on a affaire à plus d’évidence et d’auto-confirmation.
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On souhaite parfois passer le temps in-game pour avancer certaines quêtes. Malheureusement, pour ne pas rendre leur système de malus physique/psychique caduc, il n’existe pas d’option directe et on se retrouve à contourner cela en utilisant des solutions pas prévues pour.
Ce qui m’a laissé un peu de marbre.
Spoiler
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J’aurais préféré le choix radical de l’absence totale de sauvegarde manuelle et forcer le joueur à vivre avec ses choix. C’est bien entendu possible, mais je ne saurais le recommander. Malheur aux save scummers.
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La direction artistique des portraits de personnages et de compétences a perdu significativement avec le départ de Rostov. Moins évocatrice, cela reste quand même de bon acabit. J’ai eu un peu de mal avec l’idée des « badges », mais pourquoi pas.
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La structure de l’aventure est … OK? Souffre un peu d’un effet « Mass Effect 2 ». J’aurais souhaité être amené à mieux connaître certains de mes partenaires, surtout PSEUDOPOD, KINDRED et TEMPO.
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C’est quand même difficile, surtout au début du jeu, de ne pas voir des décisions de rester très près , voire trop proche de Disco Elysium sur certains aspects de la narration, les lieux, les personnages… Rien que la première scène est assez grossière. Heureusement, ce sentiment s’estompe avec le temps et Zero Parades gagne une identité propre.
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Les délires complotistes et techno-fascistes qui remplacent le mysticisme autour du « Gris » du monde d’Elysium sont aussi un chouilla en dessous en termes d’écriture. Pas nul d’intérêt et plus simple à suivre, mais bon. Dans la même veine, on perd en réflexion politique et philosophique.
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De manière générale, je pense qu’on oubliera un peu CASCADE là où Harry et Kim sont devenus des protagonistes de légende. Elle reste cependant un personnage intéressant, notamment dans ses relations de travail et dans son rapport à la mission.
Ce qui ressort du lot
Spoiler
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Pour continuer sur la narration, le jeu sauve les meubles avec son ambiance noire et son intrigue d’espionnage vraiment réussie. C’est ce qui porte Zero Parades et pousse à relancer le jeu entre chaque session pour moi.
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Le tout est soutenu par une galerie de personnages au niveau et par un bon voice acting. Certains ressortent du lot, on aura ses favoris, ceux qu’on veut protéger, d’autres qui serviront de « token »… Bon travail.
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Des changements franchement la bienvenus sur le système de santé mentale et physique. Fini les décès par suicide car on se fait répondre par un gamin de 10 ans. Zero Parades divise les jauges en conditions physiques, sociales et intellectuelles reliées aux compétences. Les pertes de points sont plus fréquentes, mais les jauges ont plus de latitude.
Lors des jets de compétences, on peut choisir de « s’employer » en dépensant des points de santé pour obtenir un avantage sur les dés. En contrepartie, on s’expose non pas au Game Over si la jauge explose, mais à une perte de compétence. Le système est objectivement un excellent développement du système de DE. -
Dans la même veine, CASCADE compose avec sa propre version du « cabinet de pensée ». Fini le paliatif à l’amnésie ici on conditionne plutôt le profil psychologique de sa couverture, et son rapport à la mission. Chaque pensée offre des bonus qui augmentent l’ampleur de l’expérience que l’on peut intégrer à nos compétences, ouvrent de nouveaux dialogues et procurent certains effets spéciaux. La nouveauté réside dans le fait que chacun de ces aspects vient aussi avec une sanction si on « brise » sa philosophie, principalement un désavantage aux jets de dés. Par exemple, on sera puni si on se rend sensible au mercantilisme et à la publicité, mais qu’on achète des produits contrefaits.
Cela renforce beaucoup le role play, et on fait attention à ce que l’on dit ou fait… -
C’est bien sûr personnel, mais Portofiro, la ville du jeu, a beaucoup plus de charme et d’identité que les quelques bâtiments qui se battaient en duel à Revachol. Cela grouille de vie, de détails, de narration par le cadre, tout en conservant un fort sentiment de décrépitude. Bon boulot.
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Excellent travail d’Anton Vill sur sa part de la direction artistique. Les illustrations du cabinet de pensée, et maintenant celles des quêtes et d’autres endroits que je ne peux pas spoiler ici, sont frappantes.
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Genre oblige, on a plus de « set pieces » dans la même veine que le tribunal des mercenaires de Disco Elysium. Beaucoup de moments marquants qui vont faire monter soudainement l’adrénaline, le tout avec un enrobage artistique brillant.
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Le jeu frappe occasionnellement fort sur le plan émotionnel, surtout quand on commence à découvrir les conséquences de l’échec de CASCADE, cinq ans avant les événements. Les personnages de KINDRED et HOLOCENE sont notamment assez dingo.
Mon verdict final
Disco Elysium était un titre comme on en voit une fois toutes les générations, un qui a bousculé le genre entier. Zero Parades, avec la perte des papas du jeu précédent, ne peut pas prétendre à ce titre, et ne se donne d’ailleurs jamais cette prétention. Mieux encore, elle joue autour de son statut de supposée « copie » ou « suite capitaliste sans âme », en faisant de ce thème une partie méta de son histoire.
Malgré ces départs et le miasme dramatique qui a entouré la genèse du jeu, ZP n’est pas un échec. Ce que l’on perd un peu en qualité créative et narrative, on le retrouve dans un excellent développement des mécaniques de gameplay et d’autres améliorations de type « Quality of Life ».
Le jeu a ce qu’il faut pour surnager au-dessus de l’océan de médiocrité qu’est la production vidéo-ludique actuelle. Et consrve assez de l’héritage de DE pour fournir une copie présentable en terme de narration et d’ambiance en remplissant son contrat : être un bon RPG d’espionnage.
Peut-être donc pas un jeu générationnel, mais clairement matériel à devenir le GOTY (ce qu’il est pour le moment pour moi), puisqu’on aime utiliser ce jalon ici.
La balle est dans le camp des 3-4 nouveaux studios qui hébergent désormais les anciens auteurs de ZA/UM. Mais pour le moment, le « camp du mal » a tiré le premier avec une cartouche de bonne facture en évitant ce qui aurait pu être une sortie piège.
